4 Saisons – 6 Avril 2018 Centrale hydroélectrique de Bollène

La première sortie des 4 Saisons 2018 de Volubilis s’est déroulée le Vendredi 6 Avril 2018 à l’usine hydroélectrique de Bollène de la CNR (Compagnie Nationale du Rhône), organisée par Philippe Huet (ingénieur et membre de Volubilis).

Cette centrale a été l’aboutissement d’un des chantiers les plus impactants pour le paysage régional depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

Notre atelier a pour objectif de se pencher sur ce grand site industriel de l’après-guerre, théâtre du plus vaste chantier de son temps comprenant le canal de 28 km (25 ans d’études, 5 ans de travaux, 6000 ouvriers, bouleversement des villes de Pierrelatte et de Bollène).

A l’occasion de la réhabilitation des façades, les architectes, Raffaella TELESE et Andrea BORTOLUS, nous ont exposé les motivations qui ont conduit au projet et au parti architectural de l’époque. Ils ont également présenté leur action de conservation actuelle. Comment nos anciens avaient-ils anticipé les modifications sensibles qu’ils ont imposées au paysage et à l’économie locale, et ce sans outil informatique, autrement dit sans la construction d’un paysage virtuel préalable ?

 

CONTEXTE HISTORIQUE

L’idée d’exploiter l’énergie hydraulique du Rhône a germé à la fin du 19ème siècle. Deux ou trois générations ont eu le temps de se succéder entre l’idée et l’intention de faire, cette intention résolument ambitieuse matérialisée par la loi dite “du Rhône” en 1921. Il s’agissait de domestiquer le fleuve ayant le plus grand débit dans le pays. L’Etat a dû œuvrer encore 9 ans après la promulgation de la loi pour la création de la CNR. Nous imaginons que le sujet ne devait pas être simple du fait de son ampleur. Le chantier a démarré avant la deuxième guerre mondiale côté canal et juste après-guerre pour la centrale. Enfin? le premier watt-heure a été produit en 1952. Au fond à ce jour, la période d’exploitation est de 65 ans, et il s’est passé autant de temps (si ce n’est plus) entre la première idée de l’exploitation et le démarrage des turbines.

 

PAYSAGE

Vue du ciel, la transformation du paysage a été radicale entre la multitude de champs observés sur une photo aérienne datant d’avant le début des travaux et la situation actuelle. Nous imaginons la réorganisation de l’activité dans la région à une époque où prévalaient à la fois les rancœurs d’après-guerre mais aussi l’enthousiasme, le soulagement et la confiance en l’avenir avec le retour de la paix.

Un parallèle pourrait être établi avec l’autre grande transformation de paysage régional, un peu postérieure à celle qui a eu lieu à Bollène, que fût la construction du barrage de Serre-Ponçon avec le déménagement de la ville de Savine. Un musée existe à Rousset (05). Il rappelle l’histoire de cette entreprise avec ses succès et ses déchirements. Il n’y a pas de lieu de mémoire équivalent à Bollène.

La même transformation de paysage s’est ensuite poursuivie plus au nord, sur le site encore plus vaste de la centrale du Tricastin. Au fond, dans ce secteur à cheval entre Vaucluse et Drôme, le paysage est ainsi dédié quasi exclusivement à la production électrique. Récemment, la CNR a construit sur ses terres une centrale solaire et des éoliennes constituant ainsi un site de production d’électrique à énergie exclusivement renouvelable.

Parmi tous ces moyens de production électrique, seul, le plus ancien de tous à savoir la centrale hydroélectrique, ne fait pas débat. Il n’y a en effet pas unanimité sur l’esthétique des éoliennes pas plus que sur les panneaux photovoltaïques, sans parler du sentiment du risque lié à la centrale nucléaire, mais cela sort de notre sujet…

Ainsi donc :

  • La centrale est la plus ancienne, elle est respectée
  • La centrale est belle, ses façades sont entretenues à l’identique
  • La centrale est sûre, elle fonctionne même toute seule, sans intervention humaine la nuit
  • La centrale a de l’avenir, elle est fiable et bien dimensionnée
  • De surcroît la centrale veille à la sûreté des zones avals du fait de sa fonction de modératrice des crues.

Sans nuance, le travail énorme fournit par les anciens jusqu’en 1953 s’avère être aujourd’hui avoir été un très bel investissement pour nos propres générations et pour celles qui vont nous suivre.

 

LIEN ENTRE CENTRALE ET POPULATION LOCALE

En corollaire de ce qui précède s’est créé ainsi un lien que l’on pourrait qualifier d’affectif de la population environnante à l’égard de la centrale.

Les travailleurs de la centrale eux-mêmes nous ont semblé être attachés à ce lieu, plusieurs faits en témoignent :

  • L’accueil qu’ils nous ont réservé avec une volonté de nous montrer jusqu’au dernier recoin de l’usine (par exemple la salle d’une turbine en sous-sol)

  • Leur partage d’expériences vécues dans le cadre de l’exploitation de la centrale
  • L’atelier qui leur permet de contribuer eux-mêmes au petit entretien même si les opérations complexes sont mutualisées pour l’ensemble des centrales au sein de services spéciaux de la CNR
  • De multiples clins d’œil au passé depuis la poignée de porte des années 1950 à la fameuse salle de commande d’origine du plus pur style des grandes installations industrielles de l’époque.

Nous n’avons pas eu de contact avec la population locale. Nous ne pouvons qu’émettre des hypothèses :

  • La centrale ne génère pas de peur du fait de la nature de l’énergie produite (contrairement à celle située en amont)
  • Son esthétique contribue à asseoir sa reconnaissance,
  • Sa position en travers du canal et sa stature dominatrice participe à l’impression d’autorité sur le fleuve dans le but de protéger les terres environnantes. Elle constitue à la fois un rempart stable face à un fleuve capricieux et un temple industriel de hauteur comparable à celle de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
  • Le caractère sain de son activité de fait de l’inexistence de rejet polluant
  • La reconnaissance d’une centrale n’est donc pas proportionnelle à sa puissance de production. Si cela avait été le cas, le Tricastin aurait écrasé Bollène.

Nous sommes loin des anciennes centrales à l’arrêt dont on supporte la présence dans certaines villes industrielles (et qui ont parfois le même âge), dont on ne sait plus quoi faire, qui polluent nos visuels, et dont la démolition coûte trop cher. Nous notons qu’a contrario, à Bollène, des travaux de réhabilitation de façade sont entrepris alors qu’ils ne sont pas directement productifs d’électricité. Nous en revenons à la pertinence de l’investissement qui avait été fait par nos anciens au sujet de cet aménagement hydraulique.

L’ouverture prochaine du musée dans une partie de locaux qui n’est plus utilisée va renforcer ces liens population / centrale par le partage de son histoire, l’explication de sa fonction et ce à une population beaucoup plus large, souvent de passage dans la région. Cela tombe bien, la sortie autoroutière est à deux pas ou plutôt deux tours de roue. Dommage pour le sens de circulation : le rouler à gauche aurait permis un bon visuel sur la façade sud depuis cette autoroute. Reste le rétroviseur…ou l’aire de repos. L’énergie nucléaire a déjà, depuis plusieurs décennies, son centre d’exposition à Marcoule, il est heureux aujourd’hui de savoir que l’énergie hydraulique aura le sien à Bollène.

 

ENERGIE

Mais pas que… Le rôle originel et dévolu à la CNR est triple :

  • Permettre une navigation constante
  • Assurer l’irrigation agricole
  • Récupérer la force du fleuve.

 

La centrale gère le débit d’eau entre le canal et le lit naturel du Rhône tenant compte des informations sur les débits amonts, en particulier en cas de crue.

La centrale communique donc avec les gestionnaires des cours d’eau affluents comme l’Isère ou le propre cours amont du Rhône situé en Suisse. Ceci sans oublier les centrales situées en aval comme Avignon ou Beaucaire. Il est surprenant de découvrir qu’il y a donc une véritable coordination régionale.

Nous remarquons que les alternateurs et turbines sont très anciens, parfois d’origine, mais que cela n’empêche pas une amélioration des techniques permettant de réduire les effectifs de la centrale de 150 à 24 personnes environ. L’usine est automatisée permettant la production électrique sans présence humaine. Le personnel d’astreinte doit cependant résider dans un rayon de 15 kilomètres maximum (environ) pour intervention rapide en cas de problème. Nous voilà donc rassurés !

 

L’ARCHITECTURE

Conçue par Théo Sardnal puis réhabilitée par RaffaellaTelese.

Cette architecture ne cache pas son ossature ni l’organisation intérieure de ses volumes.

 

Le « high-tech » de 1952 n’est pas sans rappeler la filmographie de science-fiction du cinéma muet (Les Temps modernes de Charlie Chaplin, Métropolis de Fritz Lang et sa scène dans la salle des machines…).

 

Vue de près, la façade sud non encore réhabilitée présente de nombreuses fissures ou épaufrures révélant une dégradation du béton. La difficulté réside dans le fait que cette pathologie n’est pas uniforme. La réhabilitation s’effectue donc selon un processus rigoureux appliqué à toutes les petites surfaces élémentaires et ce au cas par cas :

  • Diagnostic visuel vu du pied de façade pour inventorier et repérer les zones dégradées
  • Diagnostic visuel vu au contact du parement
  • Test par frappe de la surface pour détecter la présence de décollement sous parement
  • Définition du procédé de réparation
  • Application de ce procédé par l’entreprise.
  • Contrôle des travaux.

Le travail est colossal au vu du nombre de ses surfaces élémentaires.

 

Le programme et les inscriptions pour les futurs ateliers sont disponibles ICI

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