Des perceptions...
Parmi les manières sensibles d’être au monde, notre relation à l’univers sonore tient une place singulière.
Il suffit de faire l’expérience de ces cafés ou restaurants où on se trouve immergés dans le noir absolu
(le « handicap » alors change de corps) pour se rendre compte que la primauté du sens de la vue nous
prive d’une capacité de perception sonore habituellement reléguée au second plan (apparemment...). Au bout seulement de quelques minutes, les sons emplissent l’espace qu’ils nous restituent
dans ses trois dimensions, le rapport et la reconnaissance de l’autre (mêmes étrangers) se reconstruisent sans l’ombre d’une hésitation. Sans intention aucune, apparaît alors un paysage sonore1 à la
topographie et aux couleurs évidentes, et sur lequel nous projetons nos images et représentations
d’un monde qui nous appartient.
Ce sens alors, que l’on laisse négligemment traîner (sans jamais l’éteindre comme on peut fermer les
yeux) et se rappelant à nous seulement face aux désagréments du « bruit » et aux plaisirs de la musique, nous montre alors toute sa puissance, sa finesse et son acuité.
Mais de quoi s’agit-il ?
Son, musique, silence, bruit, écoute, perception, ambiance, caractère, identité, patrimoine, plaisirs et
déplaisir ? Tout cela à la fois sans doute et nous aurons à coeur, dans les premiers moments des 7e
Rencontres de Volubilis, d’y voir (d’entendre ?) plus clair au milieu de ces différentes dimensions du
paysage sonore :
Qu’est-ce qu’un espace sonore, comment se constitue-t-il et quelle en est la perception ? Est-elle culturelle autant que physique et a-t-on le droit d’en parler comme d’un paysage et, comme lui, prévoir
de le projeter ?
Quelles sont nos capacités et incapacités d’écoute ? Sait-on entendre (s’entendre ?) sans attention
ni travail ce paysage sonore que nous habitons ? Sommes-nous égaux et identiques, avons-nous
tous la même oreille d’un bout à l’autre du monde ?
Les sons, les bruits, les ambiances sonores de la cité, de l’usine, des champs ou de la nature, nouveaux matériaux pour une musicalisation du paysage sonore ?
Dans le monde apeuré par la globalisation qui broie la diversité et les identités, les inventaires et
la patrimonialisation des paysages sonores (programme de l’UNESCO) à l’instar des paysages et des
patrimoines bâtis ou ethnologiques, ont-ils un sens ?
...au projet
En tant qu’aménageur, décideur, élu ou urbaniste, architecte ou ingénieur, artiste ou chercheur,
comment travaille-t-on avec cela pour construire le monde, le territoire, la ville ou l’espace public et
les rendre plus confortables, plus doux et plus savoureux ?
Les réponses sectorielles ou technicistes bruits/protection, ne mènent, comme toutes les démarches
univoques, qu’à la pauvreté, à la tristesse, à la laideur et, en définitive, à l’échec.
Pourtant, cette question du bruit et des nuisances sonores est régulièrement désignée lors des sondages comme le premier problème environnemental dont souffre la population.
Derrière ce constat, des questions de santé2 et de mal être, des questions de pollution aux vibrations
à basse fréquence ou aux infrasons, des questions d’inégalité et de ségrégation urbaine, des processus économiques et sociaux.
Face à la nuisance, la réponse par la réglementation3 et la protection physique est la première
réponse. Nous l’évoquerons, dans ses dimensions et ses mises en oeuvre, à travers les règlements d’urbanisme et les aménagements. Mais au-delà de cette manière technique et réglementaire de répondre à l’urgence de la souffrance, l’enjeu véritable est dans la manière de concevoir avec le son le territoire, la ville, le quartier, la rue.
Le recueil des identités sonores des villes ou des campagnes du monde devient alors, dans un processus
que le paysagiste Bernard Lassus appelle « l’analyse inventive », la manière de concevoir des projets
sonorement situés, qui prolongent l’identité sonore de chaque lieu, loin de la banalisation du monde.
Tous les lieux de l’industrie des transports, les objets quotidiens (de l’automobile à la bouteille en
plastique) sont aussi matière pour le « designer sonore » sans que l’on ne sache plus vraiment ce qui reste de l’ordre de l’identité ou du confort et ce qui deviendrait potion psychotrope ou ménage publicitaire.
Ces signaux aujourd’hui balisent la ville parfois mieux que ces balises visuelles dont la surabondance
rend inefficaces. Mais comme il y a pollution visuelle, ne sommes-nous pas déjà entrés dans la pollution sonore ?
Un autre angle de travail réside en ces approches d’une acoustique urbaine ; la ville, l’espace public,
considérés comme une vaste caisse de résonance. Le travail sur le plan de masse qui positionne les
parois, sur leur forme, leur matière, leur modénature vise à substituer à la lutte contre le bruit, la
conception d’une ambiance sonore confortable, reconnaissable, familière.
Ces formes d’approche moins sectorielles, plus intégrées, sont plus amènes à produire les espaces
à
vivre, forcément complexes, jamais figés ni finis.
L’art des sons
Tout au long de ces Rencontres et pour nourrir nos référents sonores et l’acuité ou la souplesse de notre
écoute, la rencontre des « tailleurs de son » (Yann Parentoën), d’architectes sonores (Louis Dandrel, Knud
Viktor) et de compositeurs (Nicolas Frize, Pierre Marietan) mettront nos oreilles en émoi au milieu de
l’écrin sonore conçu par Bernadette Legrand (plasticienne), Yves Cassagne (scénographe) et Manu Bernard
(éclairologue) dans les murs du théâtre des Halles d’Avignon.
1 Terme (soundscape) introduit par le compositeur canadien Raymond Murray Schafer dans les années 70. Certains préfèrent
le terme d’environnement sonore. Nous assumons ici le pléonasme (on ne dit pas en effet un « paysage visuel » !), pour affirmer, comme en matière de paysage, ses dimensions physiques, sensibles et culturelles (représentations).
2 L’Organisation Mondiale de la Santé a publié « Guidelines for Community Noise » (Lignes directrices pour la lutte contre
le bruit ambiant). Ce document contient des valeurs pour le bruit ambiant et des recommandations à l’intention des gouvernements. Le rôle de l’OMS est de donner l’impulsion nécessaire et de fournir un appui technique.
3 Cf décret N° 2006-361 du 24 mars 2006, relatif à l’établissement des cartes de bruit et des plans de prévention du bruit dans l’environnement, en application de la Directive 2002/49/CE du Parlement européen et du Conseil du 25 juin 2002, relative à l’évaluation et la gestion du bruit dans l’environnement.
Le programme à jour est disponible ici au format Adobe Acrobat PDF
EN PRÉLUDE AUX RENCONTRES
Mercredi 15 novembre
20H30
Soirée-débat, avec deux spécialistes du son et de l’acoustique,
organisée en partenariat avec le Café des sciences d’Avignon.
SOIRÉE D’OUVERTURE
Mercredi 22 novembre
20H
Projection des clips « paysages sonores » réalisés par les étudiants de l’IMCA
(Institut méditerranéen de création audiovisuelle).
20H30
Conférence introductive d’Olivier MONGIN, directeur de la revue Esprit.
SÉMINAIRE
jeudi 23 et vendredi 24 novembre
Introduction : vidéo « ÉCOUTE / LISTEN » (extraits)
1re partie :
NAISSANCE ET QUESTIONS D’UN CONCEPT : LE PAYSAGE SONORE
Jeudi 23 novembre, de 9H30 à 12H30
Paroles d’un pionnier, Raymond Murray SCHAFER, compositeur (Canada),
l’inventeur du « paysage sonore » (soundscape),
ou Jean François AUGOYARD, Directeur de recherche au CNRS, créateur du laboratoire Cresson
à Grenoble.
Les perceptions de l’espace sonore
Alain BERTOZ, ingénieur psychologue et neurophysiologiste, professeur au Collège de France.
« L’Environnement sonore », le silence, les sons et l’écoute, trois dimensions pour la création et le projet sonore
Pierre MARIETAN, compositeur.
2e partie :
PAYSAGES SONORES, SOCIÉTÉS, CRÉATION, PATRIMONIALISATION
Jeudi 23 novembre, de 14H à 18H
Écoute : « Lulu », portrait sonore d’une femme de ménage
de Yann PARENTOËN, « tailleur de son ».
Perceptions et représentations, le paysage du non voyant
Edith THOUEILLE (puéricultrice auprès de mamans aveugles),
Gilles de la BUHARAYE, sculpteur et non voyant.
La musicalisation du paysage sonore
Nicolas FRIZE, compositeur.
Le paysage sonore des sociétés rurales françaises des XVIIIe et XIXe siècles
Alain CORBIN, philosophe historien.
La patrimonialisation des paysages sonores
Patrick ROMIEU, ethnologue, association Archimeda et laboratoire Cresson.
3e partie :
DU BRUIT AU PAYSAGE SONORE, DE LA RÈGLE AU PROJET
Vendredi 24 novembre
Matin : LES SONS DE LA VIE : NUISANCE, SANTÉ
9H - 10H30
1re table ronde : BRUIT, SANTÉ, PERCEPTION, RÉGLEMENTATION D’URBANISME
Les impacts sanitaires des nuisances sonores.
La directive européenne et ses applications réglementaires nationales en urbanisme.
Inégalités et différences culturelles face à l’environnement sonore : l’approche socio-psychologique.
La question de la « mesure » et de l’évaluation : méthodes et limites.
Pause
11H - 12H30
2e table ronde : APPLICATION TERRITORIALE : OUTILS ET DÉMARCHES D’URBANISME
La gestion du bruit et des ambiances sonores de la ville d’Antibes.
L’élaboration des cartes des espaces urbains sonores : outils et applications.
La prise en compte de l’espace sonore dans les outils de planification territoriale, PLU et SCOT.
APRÈS-MIDI :
PROJET URBAIN, PROJET SONORE
Le son, matériau de conception du projet urbain
Alain SARFATI, architecte urbaniste.
Formes, matières, modénature de l’« auditorium » urbain de l’espace public
Judicaël PICAUT, chercheur au laboratoire central des Ponts et Chaussées.
Le design sonore, urbanisme ou publicité ?
L’architecture sonore
Louis DANDREL, musicien.
Synthèse et conclusion
Nicolas FRIZE, compositeur.
Samedi 25 novembre - LES ATELIERS SONORES
9H - 11H
Promenade sonore : pédagogie autour de l’écoute des sons et des bruits de la ville,
puis atelier en salle. (Xavier YERLES du théâtre des Doms, et Mirabelle DA PALMA).
14H - 16H
Le bruit dans l’agglomération avignonnaise : présentation des enjeux, des projets et débat.
TRAME ARTISTIQUE DES RENCONTRES : CINÉMA, MUSIQUE, CRÉATION SONORE, VIDÉO...