On n’échange pas du seigle contre du seigle, ou des olives contre des olives. En revanche, les habitants des montagnes et ceux du bas pays ont intérêt à se rencontrer pour échanger le surplus de l’un contre celui de l’autre. Ainsi, dès l’origine, des lieux d ’échange se sont constitués au point de rencontre entre des mondes différents. C’est autour de cette nécessité de se rencontrer pour échanger que se sont constituées les premières villes d’Asie Mineure puis les comptoirs Phéniciens, et plus tard Grecs, " à la croisée des routes de terre et d’eau " comme nous l’affirme Marcel Poëte.
- Mais peut-on échanger des biens sans échanger des idées, des mythes, des croyances, des expressions artistiques, des langues, des représentations du monde. La ville est vite devenue plus qu’un marché, un lieu de rencontre et d’effervescence culturelle.
- Nous ne traiterons pas à l’occasion des prochaines rencontres euro-méditerranéennes de Volubilis de l’infinie richesse des échanges humains. Nous nous limiterons cette année aux seuls échanges marchands, car le temps est court et l’actualité de la ville brûlante sur cette question. Il y a déjà beaucoup à dire sur la révolution des modes de consommation dans la ville étalée contemporaine. Leur évolution rapide pose nombre de questions : quel équilibre ou quelle complémentarité entre le commerce de la ville dense et la grande surface de la ville étalée ? quelles nouvelles pratiques de consommation pour quel nouvel espace public ? Toute formule a-t-elle la même incidence en termes de vie sociale et culturelle, en termes de consommation des ressources naturelles et de nuisance, en termes de citoyenneté et de vie démocratique, en termes de développement durable ? Mais n’oublions pas ici que dans les interstices de cette dichotomie se cachent les exclus de l’échange marchand mais aussi les quartiers en marge que les logiques d’implantation commerciale tendent à délaisser.
Les quatre temps des rencontres permettront d’aborder différents points de vue et différents types de réponses à ces questions :
Le premier temps s’attachera à revisiter les fondements théoriques, historiques et culturels de cette question de la ville et des échanges marchands.
L’échange Qu’est-ce que l’échange ? Quels en sont les différentes dimensions et mécanismes ? Comment se singularise l’échange marchand dans l’ensemble des échanges humains ? C’est à la philosophie que nous poserons ces questions en visant à dégager du débat général la spécificité de l’échange marchand en ville.
L’histoire Quels sont les fondements historiques (depuis l’Antiquité) du lien entre la nécessité de l’échange et la fondation, le développement et la construction de la ville ? De l’origine des premières villes d’Asie Mineure au développement des fondations à vocation commerciale des comptoirs méditerranéens, nous essaierons de comprendre les processus premiers qui étaient à l’œuvre et le cas échéant, de réviser nos a priori et nos schémas trop simples. C’est l’histoire de la ville antique méditerranéenne et de ses permanences contemporaines que nous questionnerons sur cette dimension.
La ville
Qu’est-ce que la ville et quels sont les processus à l’œuvre dans les groupements humains ?
Comment l’évolution de ces processus a sous-tendu la fabrication de ville aux différentes époques ?
Comment l’urbanisme contemporain, dans ses modes de pensée et dans sa production d’outils, de réglementation, ou de projet, a-t-il à faire avec la logique de l’échange marchand ?
Les différentes théories de l’urbanisme et les tendances contemporaines seront confrontées ici très précisément à la question de l’échange.
Le deuxième temps nous permettra à travers l’exemple des ville-ports, Gênes et Marseille, d’observer l’articulation entre les grands flux commerciaux de marchandises entre les régions du monde et l’échange marchand intra-urbain.
L’exemple des ville-ports, articulation entre les flux entre les territoires et les échanges dans la ville
Les grands projets de recomposition urbaine de ces deux dernières décennies -Naples, Gênes, Barcelone, Marseille sont aujourd’hui les exemples les mieux connus - sont le résultat le plus visible dans l’architecture de la ville, de cette évolution des échanges marchands. Nous analyserons certains de ces exemples à travers toutes les dimensions qui font le projet urbain contemporain : les stratégies et le processus mis en œuvre, la prise en compte des exigences sociale, environnementale et démocratique du développement durable, l’évolution des morphologies urbaines qui en a résulté, etc ?
Le troisième temps s’attachera à mettre en relation les deux logiques actuelles de l’échange marchand dans la ville contemporaine :
Commerce périphérique
celle du développement apparemment inéluctable (bien qu’à des niveaux très divers suivant les pays), des implantations périphériques de la grande distribution commerciale qui combine concentration capitalistique et étalement spatial. Il s’agit avec l’émergence de la " ville-territoire " d’une des manifestations de la civilisation de l’automobile.
celle d’un déclin annoncé et d’un repositionnement en cours du commerce de centre-ville ou des quartiers denses
Commerce de centre-ville Ces deux formes urbaines de l’échange marchand ont été quelques temps présentées comme exclusives l’une de l’autre. Plus précisément, on a pensé que la puissance des moyens et la force d’attractivité de ces " grandes machines à vendre " que sont les hypermarchés et les zones commerciales périphériques auraient vite fait de faire disparaître le " petit commerce de centre-ville " ; et tout le monde s’accordait à dire que ce serait bien dommage pour la ville, pour la vie civique (assimilée à la pratique du centre symbolique), pour la vie culturelle, pour l’environnement et le cadre de vie.
On s’aperçoit avec un peu de recul que d’un côté, un repositionnement du commerce et des services de centre-ville est en cours, et, en certains lieux (que nous inviterons à témoigner) avec un certain succès. Que d’autre part, ces " non-lieux " au sens de l’espace public des zones commerciales n’en sont pas autant qu’on pourrait bien le croire. De nouvelles pratiques sociales inscrivent ces territoires comme des espaces publics urbains, lieux de rencontre, d’échange et de convivialité. Le regard du sociologue comme les points de vue des promoteurs de ces deux formes de commerce urbain nous intéressent. Nous les croiserons avec le point de vue de l’élu préoccupé par la recherche de l’équilibre et celui du géographe et de l’urbaniste, confronté à la question du projet de territoire que ses logiques sous-tendent.
Le quatrième et dernier temps de nos rencontres s’attachera à explorer les tendances émergentes en matière d’implantation et de formes de commerce et de distribution.
Les tendances contemporaines, du pôle multimodal au fun-shopping Après l’investissement des lieux de connexion entre les réseaux de mobilité à grande vitesse (aéroports / gare TGV par exemple) dont les réalisations sont à peine sorties de terre dont Euralille et Lyon St-Exupéry sont les exemples français les plus significatifs, le temps est déjà à une autre tendance : la mise en synergie loisirs / sport / commerce à travers le concept de " fun-shopping ". Où en sont ces nouvelles tendances, quelles en sont les conséquences pour la ville, et pour les autres modes d’accès aux biens marchands ? La présentation des exemples les plus aboutis nous permettra de débattre de ces questions et de préparer le territoire urbain du centre aux périphéries à cette nouvelle mutation.
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Les 4 et 5 décembre 2003
Théâtre des Halles à Avignon
Renseignements et inscriptions :
Yann Thoreau la Salle
Tél. : 04 90 14 42 98 - Fax : 04 90 14 42 91