Tour Virtuel de la Méditerranée

L’association Volubilis vous propose un tour virtuel de la méditerranée à la découverte des projets urbains et environnementaux marqueurs du paysage méditerranéen.

Au XIXe siècle, la révolution industrielle et le développement des idées hygiénistes contribuent à l’extension des villes et leurs aérations, entraînant une transformation du paysage environnant. À Barcelone, l’ingénieur Ildefons Cerdà réalise le plan d’extension de la ville en 1859 pour le quartier de l’Eixample (Extension), et son exécution à partir de 1860 modernise la ville. L’originalité du plan Cerda réside dans la structure des îlots en forme de carré avec les angles chanfreinés à 45°. Ce plan quadrillé, caractérisé par la régularité des rues et des îlots, est aussi appelé « plan hippodamien », mais pour quelles raisons ?

L’adjectif hippodamien fait référence au grec Hippodamos de Milet (Ve siècle av. J.‑C.). La tradition le considère comme le père fondateur de l’urbanisme et des plans orthogonaux. Ce titre lui fut accordé en raison des éléments rapportés par les écrits d’Aristote. Les aménagements du Pirée ou de Rhodes lui sont attribués, sans toutefois être attestés par des sources textuelles pour cette dernière.

Les recherches archéologiques menées ces dernières années apportent des éléments sur la genèse des plans en damiers. Les découvertes de colonies grecques du VIIIe siècle av. J.-C (Mégara Hyblaea, Sicile), ou sumériennes du IVe millénaire (Habuba Kebira, Syrie), révèlent dès cette époque l’utilisation d’un aménagement quadrillé remettant en cause le rôle d’Hippodamos de Milet dans l’origine de ces plans.

Image 1 : Carte des environs de la ville de Barcelone et projet d’amélioration et d’agrandissement, 1859. © Museu d’Historia de la Ciutat, Barcelona. (première image)

Image 2 : Vue aérienne de quartier de L’Eixample. L’Eixample i Ciutat Vella, The Old Town © Institut Cartogràfic de Catalunya (ICC) (Deuxième image)

En 1997, la première cité éco-citoyenne algérienne, Ksar Tafilelt, est fondée aux portes du Sahara, se voulant être une alternative à la “bétonisation” du pays. En 2016, lors de la COP22 à Marrakech, elle remporte le 1er prix de la ville durable.

La construction de la ville se fonde sur l’architecture locale Ksourienne. Cette dernière répond parfaitement aux enjeux climatiques de la région, tout en s’inspirant des modèles urbains et architecturaux traditionnels. Les maisons sont compactes et basses afin de préserver le soleil des voisins. Leurs matériaux spécifiques comme la pierre, la chaux et le plâtre ont la particularité d’être d’excellents isolants thermiques, apportant fraîcheur en été et chaleur en hiver. Leurs tons sont uniformément ocre soulignés de blanc. Des moucharabiehs aux fenêtres – grilles de bois ouvragé – préservent l’intimité du foyer tout en assurant l’aération et le rafraîchissement des pièces. L’espace public est, quant à lui, ordonné par des ruelles étroites qui conservent l’ombrage en été et préservent des vents de sable. 

Parallèlement, près de la moitié des eaux usées sont traitées par épuration biologique, une partie de l’éclairage public provient de l’énergie solaire et les déchets organiques sont utilisés pour enrichir les terres. À l’ouest de la cité s’étend un “écoparc” où chaque habitant peut contribuer à son développement. Enfin, une charte éco-citoyenne a été mise en place pour réglementer le vivre ensemble et faire prospérer les idées environnementales.

Image 1 : Rempart de Ksar Tafilelt © BuildGreen

Image 2 : Ecoparc de Ksar Tafilelt © DZTourisme

À partir de 711, les arabes conquièrent la péninsule ibérique. Ils y resteront jusqu’en 1492. Durant cette période, ce territoire, appelé Al‑Andalus, connaît l’influence de la culture musulmane, notamment à travers son architecture. Cette empreinte est particulièrement perceptible en Andalousie, région actuelle qui n’occupe qu’une partie de l’ancienne Al‑Andalus. Retour sur quelques monuments emblématiques qui marquent le paysage urbain.

L’Alhambra de Grenade est l’une des constructions les plus prestigieuses de l’architecture islamique. Situé sur la colline de la Sabika et dominant Grenade, cet ensemble palatial fortifié, d’une dizaine d’hectares, est ceinturé par sa propre enceinte. L’Alhambra regroupe différents palais auxquelles s’ajoutent : les jardins ; la citadelle, destiné aux hommes d’armes ; la médina, pour l’administration et la cour. L’édifice conserve, entre autres, une série de patios typiques de l’architecture islamique marqués par des aménagements hydrauliques (canaux d’irrigations, fontaines, jets d’eaux) et des éléments végétaux. 

Cordoue et son centre historique conservent de nombreux éléments de l’architecture islamique. Sa mosquée est la construction principale et emblématique de l’occupation musulmane dans la ville. Construite en 786 et agrandie trois fois jusqu’en 987, l’édifice comprend notamment une salle de prière composée de 850 colonnes portant des arcs outrepassés composés de brique et de pierre blanche. La transformation de la mosquée en cathédrale au XIIIe siècle, démontre le syncrétisme entre les cultures musulmanes et catholiques, et à plus large échelle celui de la région.

Image 1 :  Mosquée-Cathédrale de Cordoue, Alhambra

Image 2 : Panorama de l’Alhambra depuis le Mirador de San Nicolás, Grenade, Espagne

Située dans les Alpes Maritimes, la commune de Mouans-Sartoux connaît, au début des années 2000, des difficultés à approvisionner ses cantines municipales. Une solution, intégrée au Plan Local d’Urbanisme, est trouvée en 2005, transformant un ancien domaine agricole en ferme communale.

D’une superficie initiale de quatre hectares, cette ferme, qui trouva son nom de régie agricole “Haute Combe”, a connu un vif succès auprès des habitants au fil des années. Son développement n’a cessé de croître permettant un passage à l’agriculture biologique, un agrandissement de 9 hectares et le recrutement de 8 agriculteurs municipaux. Cet essor leur permet de produire 80% des denrées végétales nécessaires à l’approvisionnement des trois restaurants collectifs. Dans le devenir, leur objectif est d’atteindre l’autonomie complète en plantant de nouveaux arbres fruitiers et en exploitant les surplus de production par la conservation des denrées alimentaires pour subvenir notamment aux besoins hivernaux.

Des actions pédagogiques ont également été mises en place par la municipalité à destination des plus jeunes. Les scolaires découvrent le fonctionnement de l’agriculture biologique et deviennent acteurs de ce changement. Ils sont initiés à l’agriculture par des activités de production de compost et de plantations : le fruit de leurs actions se retrouve dans leurs assiettes après la récolte !

Image 1 : Un plan du domaine de Haute-Combe © Manger bio à Mouans-Sartoux

Le pourtour méditerranéen abrite de nombreux villages pittoresques. Nichés sur les hauteurs, ces villages, parfois difficiles d’accès, marquent le littoral méditerranéen et les vallées de l’arrière pays avec un habitat concentré dans un paysage escarpé. 

L’établissement de ce type de villages, sur un promontoire rocheux ou un point haut, acquière leur singularité dans l’implantation que la topographie impose. Ces villages trouvent, pour certains d’entre eux, leur origine à l’époque médiévale, avec l’installation d’un pôle seigneurial, et principalement un pôle castral dans la région. Pour exemple, nombre de villages l’illustrent : Malaucène, Châteauneuf du Pape – anciennement Châteauneuf-Calcernier – et Gordes (Vaucluse), Èze et Peillon (Alpes-Maritimes), Castellet-lès-Sausses (Alpes-de-Haute-Provence), Cotignac (Var), etc.. En effet, entre le Xe et le XIIIe siècle, un réseau de “castra” se met en place, se manifestant dans le paysage avec la construction d’une tour seigneuriale. Cette présence polarise l’habitat engendrant, selon les sites, une agglomération et la formation d’une enceinte. S’ajoute, dans certains cas, l’existence d’un établissement religieux, qui contribue également à la structuration de l’habitat et à la formation d’une ville. Cette implantation castrale et ecclésiale existe par exemple à Saint-Paul-de-Vence où l’habitat s’est concentré autour l’ancienne église Saint-Michel-du-Puy et à proximité du château.

De nombreux exemples de villages fortifiés existent le long du pourtour méditerranéen, comme en Italie qui connaît l’existence de ce type de phénomène urbain, comme dans la région des Cinq‑Terres.

Image 1 :  Vue du village de Saint-Paul-de-Vence depuis la route de La Colle

Image 2 : Plan cadastral de Malaucène, avec la forme circulaire gardant la trace du château © Archives départementales de Vaucluse

Image 3 : Vue de dessus du village italien de Vernazza dans les Cinque-Terre, avec son promontoire rocheux

Le développement des pistes cyclables en France, et plus largement en Europe, entraîne de nouveaux vecteurs de communications entre les pays. Le vélo est ainsi mis à l’honneur par la Fédération Européenne des Cyclistes à travers un programme d’aménagement intitulé Eurovélo. Au total, 16 pistes cyclables permettent de voyager à travers le continent européen, dont la huitième intitulée “la route de la Méditerranée”.

Ouverte très récemment, en 2020, cette route relie la ville de Cadix, pointe sud de l’Espagne, à la capitale grecque, Athènes. Reliant les différentes voies cyclables de chacun des pays, cette unique voie de 7000 km permet de traverser douze pays et de découvrir en chemin de nombreux paysages spécifiques à chaque région : vignobles, marais salants, champs de lavandes, villes côtières, réserves naturelles, sites patrimoniaux… dont nombres d’entre eux sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Avant le lancement officiel de la voie, la Turquie a rejoint le programme en aménageant le littoral de la province d’Izmir, offrant ainsi un trajet de 500 km supplémentaires. Une autre destination est également possible pour continuer le voyage au delà de la Turquie : Chypre. En effet, un circuit a été aménagé longeant les rives sud chypriotes, qui permettra, à terme, d’effectuer le tour de l’île.

Pour plus d’infos : https://fr.eurovelo.com/ev8

Élément phare de l’Égypte antique, la bibliothèque d’Alexandrie constitue l’un des joyaux de cette période avec la conservation des ouvrages les plus importants de cette époque, représentant l’ambition culturelle de l’époque pharaonique. La volonté de l’Égypte de redevenir un centre culturel méditerranéen a émergé dans la seconde moitié du XXe siècle avec la réalisation de la nouvelle bibliothèque d’Alexandrie, située à proximité de l’emplacement de l’ancien bâtiment antique.

Construite de 1995 à 2002, cette nouvelle bibliothèque appelée Bibliotheca Alexandrina est  conçue par l’agence d’architecture norvégienne, Snøhetta, avec l’appui de l’ingénieur égyptien Mamdouh Hamza. Le choix de l’agence norvégienne est le résultat d’un concours organisé conjointement par l’Egypte et l’Unesco en 1988. Les architectes norvégiens – pour qui ils s’agissaient de leur premier projet – ont réalisé un bâtiment marqué par des références à l’Égypte antique. L’exemple qui le caractérise est l’imposant toit cylindrique orienté vers la mer Méditerranée qui laisse pénétrer la lumière. Cette toiture fait notamment écho au disque solaire de Rê, dieu solaire égyptien ; et la projection de la lumière intérieure vers la Méditerranée au fameux phare d’Alexandrie.

À cette bibliothèque, s’ajoutent d’autres bâtiments comme un centre de conférences et des musées (musée des Antiquités, musée des Manuscrits, etc.), dont l’actuel projet de musée archéologique sous-marin devrait se greffer, faisant de la nouvelle bibliothèque un véritable complexe culturel pharaonique !

Alors que certains paysages pré-existants attirent l’attention des réalisateurs qui s’en inspirent pour leurs décors cinématographiques, d’autres infrastructures sont créées de toute pièce et perdurent après le tournage, conférant une identité hybride aux paysages, où se mêlent réalité et fiction.

Ce sont parfois les paysages désertiques de l’Afrique du nord qui ont été sélectionné comme toile de fond cinématographique comme en témoigne l’exemple de la région de Tataouine au sud de la Tunisie qui a servi de décor, dans les années 1970-80, pour la saga STAR WARS. La production s’est en effet inspirée de cet espace désertique pour inventer la planète “Tatooine”, point central des différents films.

Au-delà des aspects géographique et climatique, le patrimoine bâti a également joué un rôle majeur dans le choix des décors de la région. Les habitats traditionnels, comme l’exemple de Ksar Ouled Soltane construit au 15ème siècle par les berbères, ont servi de lieu de tournage pour le quartier des esclaves de Mos Eisley. L’hôtel Sidi Driss à Matmata, est, quant à lui, le décor de la Ferme D’humidité des Skywalker. Il apparaît même que ce corps de bâtiment était troglodyte pour protéger ses habitants de la chaleur et accessible par une simple entrée en surface. Il était divisé en plusieurs pièces organisées autour d’un patio circulaire qui desservait notamment une salle à manger et une cuisine, un garage et un atelier, ainsi que des pièces à vivre. Autour de ce bâtiment étaient disposés une série de vaporateurs d’humidité, permettant aux habitants de cultiver des jardins hydroponiques pour s’alimenter, ainsi que divers capteurs prévenant des tempêtes de sable ou des attaques de pillards tuskens. 

Image 1 : Ksar Ouled Soltane, servant de lieu de tournage pour le quartier des esclaves de Mos Eisley

Image 2 : Une des cours de l’hôtel Sidi Driss à Matmata servant de décor pour la Ferme Skywalker

Image 3 : Décors de Mos Espa se situant dans la province de Nefta en Tunisie

Il est l’heure de se perdre dans les dédales des médinas. Ces centres historiques, d’origines médiévales et aux tissus urbains denses, se retrouvent principalement dans le monde musulman, et plus particulièrement dans les pays du Maghreb. Regroupant les différentes fonctions de la ville, la visite cet espace animé fera appel à vos sens.

D’apparence labyrinthique, la médina est un espace urbain organisé avec des unités fonctionnelles distinctes l’une de l’autre. Formés autour de la grande mosquée, les différents étals de la médina permettent de découvrir les arts et traditions locales à travers les différentes galeries des souks (parfumeurs, bijoutiers, chaouachis*, etc.). La médina abrite également les quartiers résidentiels, qui sont séparés des espaces commerciaux, pour préserver l’intimité du foyer. Ces demeures, sobres en façades, s’organisent autour d’un patio et peuvent abriter une riche décoration. Construites sur plusieurs niveaux, ces maisons couvertes de toits terrasses permettent de contempler la médina et ses multiples minarets.

En raison du patrimoine culturel et historique qu’elles conservent (sites religieux, enceintes, etc.), de nombreuses médinas ont été inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco comme la médina de Fès (Maroc) en 1981, celle d’Alger en 1992 (Algérie) ou encore celle de Tunis (Tunisie) en 1979. 

*chaouachis : fabricants de Chéchia, couvre-chef traditionnel principalement utilisé en Tunisie.

Image 1 : Vue axonométrique de la tannerie de cuir Chouara à Fès (Maroc)

Image 2 : Plan de la ville de Sfax, représentant la médina et les quartiers modernes

Image 3 : Ruelle typique des médinas

Points isolés du désert où les nomades s’arrêtent pour abreuver leurs bêtes, les oasis recouvrent de nombreuses images d’Épinal qui fondent notre imaginaire. L’oasis n’est pas seulement un point d’eau, elle répond à une véritable organisation où les oasiens sont capables de subvenir à leurs besoins avec une connaissance de l’hydrologie dans un espace très aride. 

Situées principalement en Afrique du nord et au proche Orient, les oasis sont de véritables îlots de vie et de végétation entourés par des étendues sableuses. Cette vie est notamment possible par la captation des eaux de la nappe phréatique dans les régions les plus désertiques, et des rivières (oued) dans les régions montagneuses. L’eau est irriguée par un système de canaux développés (séguias*, norias), permettant d’alimenter les champs de cultures plantés sur une superposition de trois strates : les palmiers, puis les arbres fruitiers, et enfin l’agriculture maraîchère. Le palmier, dominant les autres strates, permet de créer un microclimat protégeant des vents chauds, de la chaleur et retient l’humidité. Cette organisation traditionnelle offre une gestion durable de l’eau et le développement d’une agriculture vivrière, mais la transformation des productions par les systèmes industriels et les impacts du changement climatique provoquent des difficultés d’approvisionnement, remettant en cause, sur le long terme, le système oasien.

Ces différentes oasis marquent pourtant l’organisation territoriale des pays sud méditerranéens, et certaines d’entre elles ont été proposées pour être inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO comme celle de Gabès (Tunisie) ou de Figuig (Maroc). 

*Séguia : canal d’irrigation à ciel ouvert, souvent utilisé dans les oasis.

Image 1 : Extrait de Tintin au pays de l’or noir

Image 2 : Schéma explicatif du microclimat de l’oasis, avec les différentes strates. (cf :http://www.raddo.org/ecosysteme-oasien/L-oasis-qu-est-ce-que-c-est

Image 3 : Érigée au 7e siècle av. J.-C., l’acropole d’Aghourmi domine l’oasis de Siwa, (© René Mattes)

Certains projets peuvent être considérés comme démesurés. Celui présenté aujourd’hui en fait partie. Dans la première moitié du XXe siècle, un architecte allemand, Herman Sörgel – issu du Bauhaus -, ambitionnait d’unir le continent européen et africain pour en former un nouveau : “Atlantropa”. La clé de ce projet : la Méditerranée.

Herman Sörgel exposa pour la première fois la création du projet “Atlantropa” le 1er mars 1928. Pour y parvenir, l’architecte allemand proposa de fermer la Méditerranée avec la création de trois barrages : le premier entre l’Espagne et le Maroc à l’emplacement du détroit de Gibraltar, le deuxième entre la Sicile et la Tunisie et le dernier entre la Grèce et la Turquie, au détroit des Dardanelles. Ce contrôle de la Méditerranée scindait en deux bassins la mer et prévoyait l’abaissement de son niveau de 80 centimètres par an, permettant aux différents États une expansion sur les terres laissées libres par le recul de la mer. Les liaisons ferroviaires et terrestres auraient ainsi été facilitées entre les deux continents. 

Le projet fut proposé afin de résoudre les troubles diplomatiques et économiques que connaissaient les pays européens à l’époque. L’énergie hydroélectrique produite par les barrages aurait permis d’alimenter le continent européen, tout en limitant l’accès aux pays belliqueux, maintenant ainsi la paix entre les États. L’idée connut un certain écho durant cette période et fut présenté lors d’expositions mais ne fut pas retenue par les dirigeants, évitant un désastre environnemental.

Image 1 : Représentation du Projet Atlantropa

Image 2 : Ébauche de la porte du Barrage de Gibraltar

Image 3 :  Portrait d’Herman Sörgel

Durant l’entre deux-guerres, les plans d’aménagement se développent et marquent leurs empreintes en France et plus largement dans le bassin méditerranéen. Parmi eux, l’urbaniste français Henri Prost (1874-1959) se fait connaître pour ses réalisations en France et au Maghreb. Dans les années 1930, son expérience et son expertise suscitent l’intérêt du gouvernement turc pour la ville d’Istanbul. 

Henri Prost connaît bien Istanbul pour y avoir passé une partie de ses années de formation. Au début du XXe siècle, il s’installe sur la péninsule historique pour étudier la restauration de la basilique Sainte‑Sophie (1904-1905). Sa nomination par le gouvernement turc comme urbaniste de la ville en 1936 confirme son retour. Il reste en poste jusqu’en 1951, et la longévité de son passage marque la ville. Durant ces quinze années, l’homme met en place les fondations de l’Istanbul contemporain à travers son plan directeur (1937-1951). Contrairement à ses réalisations au Maghreb, Prost n’envisage pas la création de quartiers modernes européens parallèles à la vieille ville, mais la modernisation du tissu ancien tout en respectant la topographie. Il accorde une importance au patrimoine monumental et archéologique (mise en valeur de la basilique Sainte-Sophie, projet de parc archéologique, préservation des remparts, etc.) et prend en compte les préoccupations paysagères (espaces de promenades, Parc Gezi) qui laissent entrevoir les vues vers les monuments, la mer de Marmara ou la Corne d’Or. Il aère la ville ancienne avec le percement de grandes artères (boulevard Atatürk), l’aménagement de places (place Taksim, place Fatih, etc.), et réfléchit même à un projet de réseau métropolitain souterrain. 

Ces aménagements connaissent néanmoins quelques critiques, certains leur reprochant des percements et une adaptation trop systématique à l’automobile entraînant la destruction de tissus anciens insalubres. Quoi qu’il en soit, le plan d’Henri Prost et son exécution restent l’une des premières transformations occidentales au Proche-Orient qui marque durablement l’ancienne Constantinople.

Image 1 : Henri Prost et le plan directeur d’Istanbul.

Image 2 : Vue d’un plan des voies de circulation du plan directeur d’Istanbul. Cliché anonyme. Non datée. © Droits réservés, © Fonds Henri Prost. Académie d’architecture/Cité de l’architecture et du patrimoine/Archives d’architecture du XXe siècle. 343 AA 66/11

Image 3 : Photographie récente du Parc Gezi, situé à proximité de la place Taksim. Le parc et la place sont des réalisations d’Henri Prost.

En Méditerranée, les sites archéologiques et le patrimoine architectural connaissent un intérêt croissant. Ils inspirent notamment des décors cinématographiques ou numériques et le jeu vidéo n’échappe pas à cette règle. L’évolution technique de ces dernières décennies et le développement de leur industrie permettent de s’immerger dans diverses périodes historiques et de redécouvrir des paysages urbains oubliés. 

La saga “Assassin’s Creed”, créée en 2007, en est un bon exemple puisque les joueurs sont invités à évoluer dans les lieux où la culture et les coutumes de l’Égypte pharaonique, la Grèce antique, le Proche-Orient médiéval ou encore l’Italie de la Renaissance sont à l’honneur. À la fin des années 2000, la série fut pionnière dans ce style de jeu immersif proposant une expérience vidéoludique dans un monde ouvert, réaliste et historique. L’un des exemples les plus prestigieux de ce premier jeu vidéo reste la citadelle syrienne fortifiée de Masyaf au Proche-Orient. Construite sur un éperon rocheux et défendue par son enceinte, cet édifice hétérogène fondé sous influence byzantine et gréco-romaine a, au fil des conquêtes sunnites, mongoles et ottomanes, perdu de sa prestance, délaissant ce site stratégique. Le scénario de ce premier opus puise son origine historique dans la secte des Assassins (Hashshashin), groupe dissident religieux du XIe siècle pratiquant des assassinats politiques de personnalités publiques du califat en place dans le Moyen et le Proche-Orient.

Avec cet exemple innovant, développeurs et historiens ont étudié vestiges et archives pour rebâtir des décors virtuels, servant à la fois le jeu, les récits et la pérennisation des lieux dans la mémoire collective. Une ouverture vers de nouvelles sphères vidéoludiques est née !

Image 1 : Photo de la forteresse en ruines de Masyaf en Syrie

Image 2 : Représentation de Masyaf dans Assassin’s Creed

Image 3 : Vue aérienne de la forteresse de Masyaf, 2004

Volubilis est une ville antique implantée dans la région de Meknès (Maroc), de l’autre côté de la Méditerranée. Elle est située au pied de la montagne Djebel Zerhoun, à proximité de la ville de Fès. Sa superficie de 42 hectares renferme les vestiges de différentes civilisations, faisant de la cité un lieu d’une importante richesse culturelle. Retour sur cette ancienne cité antique et médiévale.

Fondée au IIIe siècle av. J.-C., Volubilis devait être la capitale du royaume mauritanien. Passée sous domination romaine de l’an 40 jusqu’au IVe siècle de notre ère, la cité prospère et devient un municipe romain marquant durablement la trame urbaine avec son enceinte, ses axes et ses monuments. Avec le recul et le déclin de l’empire romain, la ville de Volubilis reste habitée mais se replie sur elle-même. Elle passe sous conquête musulmane au VIIIe siècle et demeure pendant quelques années la capitale du royaume Idrisside devenant alors Walali (789-808). Volubilis est finalement supplantée par Fès, et tombe progressivement en ruine les siècles suivants.

Depuis le début du XXe siècle, le site de Volubilis fait l’objet de fouilles archéologiques sur lesquelles ont débouché des travaux de restauration permettant de valoriser son passé. Les vestiges connaissent cependant de nombreux pillages, toutefois limités ces dernières décennies du fait de mesures de protection mises en place dans le cadre du classement au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1997. Les fouilles n’ont pas encore livré tous leurs secrets sachant qu’un tiers des vestiges n’ont pas été exhumés, promettant de nouvelles découvertes prestigieuses…

Images 1 et 2 : Photographie des vestiges du site

Image 3 : Plan annoté du site archéologique de Volubilis

Notre association, depuis plus de vingt ans, tisse des liens de culture, d’amitié et de partage de connaissances entre les hommes et les territoires de Méditerranée sur les questions de la ville et des paysages contemporains. 

Elle trouve son origine dans cette fleur aux pétales bleues, que vous retrouvez sur notre logo. Volubilis (Ipomoea purpurea) est une plante grimpante à fleurs en clochettes très prisée des jardiniers pour ses tiges qui s’enroulent d’elles-mêmes sur n’importe quel support, servant ainsi de décor à des grillages, pergolas ou tonnelles. Aussi appelée « liseron bleu » ou « ipomée », c’est une liane fleurie de la famille botanique des Convolvulacae. Reconnaissable à ses fleurs en clochettes de forme de trompette, elle peut être blanche, bleue, rose, violette ou panachée suivant les variétés.

Nous aussi avons plusieurs couleurs. Nous sommes architecte, paysagiste ou urbaniste, agriculteur, chercheur, acteur associatif ou agent territorial, artiste, entrepreneur, élu ou citoyen engagé. Nous vivons à Tunis ou Beaumes-de-Venise, Bari ou Faro, Rabat ou Avignon… Nous sommes engagés sur les questions de paysage, d’aménagement des territoires, d’urbanisme et d’architecture et cherchons les réponses contemporaines et méditerranéennes aux grands enjeux planétaires des changements climatiques et de l’érosion de la biodiversité. Notre approche pluriculturelle, transdisciplinaire et intergénérationnelle nous permet de dépasser les clivages entre science et art, nature et culture, connaissance et action, à l’échelle de l’ensemble du pourtour méditerranéen.

Ici s’achève notre tour virtuel. N’hésitez pas à nous rejoindre dans nos actions pour faire vivre la Méditerranée, si chère à nos coeurs !